Témoignage : un prémontré au séminaire
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Un jeune novice, en entrant à l’abbaye, se prépare à vivre deux années de désert, deux années cloîtrées à l’intérieur des murs de l’abbaye. Deux années nécessaires pour commencer son discernement. Deux années de formation auprès du Père Maître des novices et des frères. Deux années pour découvrir une communauté, une règle de vie, une liturgie, une vie de prière régulière. Deux années pour pouvoir dire ‘oui’ lors des vœux simples qui concluent le noviciat. Il est alors temps pour ce tout nouveau jeune profès simple de commencer des études. Des études pour apprendre et approfondir sa foi, des études pouvant, pourquoi pas, conduire au sacerdoce. C’est ainsi que deux jeunes frères de la communauté des prémontrés de Mondaye ont été envoyés étudier en région parisienne, au grand séminaire Saint-Sulpice d’Issy-les-Moulineaux. Frère Arnaud et moi-même pouvons dès lors découvrir une nouvelle manière de pratiquer la vie régulière prémontrée, à l’intérieur d’un séminaire interdiocésain.
La vie au séminaire pour les religieux que nous sommes est un défi et un plaisir. Nous pouvons y expérimenter plusieurs aspects de la vie, selon la grande tradition sulpicienne :
La formation spirituelle
A l’abbaye, tous les frères se retrouvent au chœur cinq fois par jour pour vivre la liturgie des Heures. Ces temps de prière sont comme des balises dans la journée. Ils guident nos pas tout le long du jour. Au séminaire, nous vivons aussi la liturgie des Heures en communauté de séminaristes trois fois dans la journée : pour les Laudes, pour la célébration de la Messe et pour les Vêpres. Vivre au séminaire cinq jours par semaine, c’est donc prier avec une nouvelle communauté avec ses traditions, son propre coutumier liturgique.
Un des aspects importants du noviciat est sans aucun doute la découverte de la prière personnelle régulière, avec la pratique de la lectio divina et de l’oraison quotidiennes. Une fois loin de l’abbaye, il s’agit de ne pas perdre les bonnes habitudes et d’organiser sa journée pour pouvoir à la fois donner du temps gratuitement au Seigneur et effectuer son devoir d’état, qui est celui d’étudier. Au séminaire, chacun est libre d’organiser son temps de travail et son temps de prière. Vivre au séminaire, c’est donc apprendre à gérer son temps pour le confier au Seigneur.
La formation humaine
La vie commune ne rebute pas un prémontré ! Il faut dire que nous en faisons profession. La vie avec des frères nécessite tout un apprentissage et un continuel effort de tous pour une vie calme, sereine et fraternelle. A Saint-Sulpice, les choses ne sont pas si différentes. Prenez quarante séminaristes et six pères et faites-les vivre ensemble cinq jours par semaine. Il est important que chacun mette du sien pour une belle vie ensemble. Les repas, les « équipes de vie » (groupes de partage réunissant cinq ou six séminaristes tous les mois environ), des cafés improvisés chez l’un ou chez l’autre sont autant de moments privilégiés pour apprendre à vivre ensemble. La découverte du séminaire est aussi celle de personnes que l’on n’a pas choisies avec lesquelles il faut apprendre à vivre. Une chose nous unit : le Seigneur nous a appelés à le suivre, dans le ministère sacerdotal diocésain pour la presque-totalité des séminaristes, dans la vie religieuse pour quelques autres. Vivre au séminaire, c’est apprendre à vivre avec des frères en Christ, à partager, à écouter, à parler, à consoler ou à rire avec.
La formation pastorale
Quand arrive le dimanche soir, tous les séminaristes reprennent le chemin du séminaire pour une nouvelle semaine de cours. C’est l’occasion de se retrouver et de partager sur les week-ends vécus par les uns et par les autres. En effet, tous les séminaristes sont envoyés en différentes paroisses des diocèses voisins pour découvrir la vie pastorale, pour avoir une première expérience d’un ministère confié par le curé. Pour nous deux, prémontrés, le week-end est surtout l’occasion de retrouver l’abbaye et la communauté. Certes, nous avons tous les deux quelques éléments de pastorale : préparation à la Confirmation, aumônerie, animation du groupe des servants d’autel. Notre vie canoniale n’est-elle pas d’ailleurs l’étroit équilibre à vivre entre la vie communautaire et la vie apostolique ? Nous retrouvons l’abbaye pour y continuer notre apprentissage de la vie commune et régulière. Notre première insertion pastorale ne serait-elle pas dans la communauté ? Ainsi, vivre au séminaire, c’est aussi apprendre à vivre une forme de vie pastorale à l’abbaye durant un temps court et restreint.
La formation intellectuelle
Il reste bien entendu que la raison première pour laquelle nous sommes envoyés au séminaire Saint-Sulpice est celle des études. Nous sommes tout d’abord cinq jours par semaine loin de l’abbaye pour apprendre, pour approfondir notre foi. Ainsi, le séminaire est une chance pour y découvrir les joies de la métaphysique, les subtilités de la théologie, les dessous de la morale chrétienne fondamentale, les aventures de l’Histoire de l’Eglise, les secrets de la Bible… Durant les deux premières années du séminaire, c’est-à-dire le premier cycle, la semaine est assez chargée en volume horaire de cours. Des devoirs sont à rendre régulièrement et des oraux concluent chaque semestre d’étude. Bref, vivre au séminaire, c’est tout d’abord étudier !
Formation spirituelle, formation humaine, formation pastorale, formation intellectuelle… Tout cela est très sérieux. Mais, il serait incomplet et injuste de terminer ce petit essai sans mentionner les belles tranches de rires avec de nouveaux camarades, les visites et les sorties culturelles (quelle chance pour un ‘petit gars’ de province de venir vivre à Paris !).
Un religieux au séminaire n’est pas un séminariste. Il a toujours sa règle de vie. Il a toujours ses frères à l’abbaye, frères avec qui il est en union de pensées et de prières la semaine durant. Un religieux au séminaire est un étudiant qui se doit d’être un témoin auprès de futurs prêtres diocésains de la joie de vivre des religieux…
Frère Maximilien, religieux en 1ère année au séminaire

